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« Si on n’augmente pas les tarifs de l’électricité, des coupures sont inévitables » Version imprimable de cet article envoyer l'article par mail title=
1er février 2010 11h55

Claude Crampes, économiste à l’IDEI, spécialisé dans les marchés de l’énergie, juge nécessaire l’établissement d’indicateurs de la "rareté" de l’électricité. Crédit photo : Patrick Dumas pour Kwantik !

Le tarif actuel de l’électricité est sous-évalué, selon l’économiste Claude Crampes, chercheur à l’IDEI à Toulouse et spécialiste des marchés de l’énergie.

La conférence de l’IDEI sur l’économie des marchés de l’énergie a réuni les 28 et 29 janvier des spécialistes mondiaux du domaine, en particulier de l’électricité. Quel constat dressent-ils à propos de ces marchés ?

Ces marchés sont devenus très complexes. On est passé des monopoles publics, où des entreprises comme EDF réalisaient toutes les opérations, à l’ouverture à la concurrence, décidée notamment par l’Europe en 1996. Dans les pays de l’Union, on a séparé les monopoles « naturels », comme les lignes à haute tension et la distribution de l’électricité, et les activités concurrentielles.

Elles regroupent en amont la production d’énergie électrique à partir du pétrole, du gaz, du solaire… Et en aval la vente au consommateur : EDF domine encore mais de nouveaux acteurs, comme Poweo, Direct Energie ou GDF-Suez lui prennet des parts de marché.

Il y a en plus l’énergie produite par les particuliers avec les panneaux solaires, qui est rachetée et rejoint le réseau… Et toutes les préoccupations environnementales qui compliquent encore la donne.

Qu’observent les économistes ?

Nous observons au plan mondial ce qu’on appelle des « concurrences imparfaites ». C’est-à-dire que des opérateurs abusent de leur pouvoir pour fixer les prix à leur guise, parce que le marché n’est pas assez fluide, la concurrence pas assez développée. Il y a par exemple des contrats d’exclusivité qui lient des industriels à un fournisseur unique et empêchent d’autres acteurs de s’installer. Ces contrats devraient être plus souples, et il faudrait davantage d’acteurs sur le marché pour que les prix reflètent réellement les coûts de développement des technologies les plus efficaces.

Un autre exemple est celui des « relations verticales », c’est-à-dire par exemple que EDF assure à la fois la production et le transport d’électricité. Or, un nouvel acteur comme Poweo produit de l’énergie, mais il doit le distribuer via le réseau. Il est donc à la fois concurrent et client d’EDF !

Les économistes étudient comment de telles situations biaisent la concurrence et nuisent à l’efficacité collective, et participent à l’élaboration de solutions, comme par exemple la séparation totale de la production et du transport comme en Espagne et en Angleterre ou la création de filiales au sein d’EDF comme RTE (Réseau de transport d’électricité).

La presse rapporte qu’EDF plaiderait pour une hausse de 24% de ses tarifs pour les particuliers entre 2010 et 2015 pour financer ses investissements, ce que l’opérateur dément. Qu’en pensez-vous en tant qu’économiste ?

Cette augmentation n’est pas incompatible avec nos modèles économiques, même si elle serait politiquement très impopulaire. Il faudrait un grand courage politique pour prendre une telle décision. Les tarifs d’EDF, qui ont fortement baissé en euros constants (hors inflation), l’empêchent aujourd’hui de renouveler son parc de centrales, en particulier de centrales nucléaires. Or, ces nouvelles centrales vont coûter très cher.

Comment maintenir un prix raisonnable pour les particuliers ?

Sur les marchés de gros, l’électricité suit la loi de l’offre et de la demande. Mais nous, particuliers, nous la payons toujours au même prix, été comme hiver, ce qui est absurde. Il n’y a actuellement aucun indicateur de la « rareté » de l’électricité.

Mais les choses devraient changer, avec des compteurs « intelligents » qui factureront l’électricité moins cher quand elle est largement disponible, et plus cher si ce n’est pas le cas, ce qui dissuadera de trop consommer aux heures de pointe. Il y aura aussi de nouveaux « contrats d’effacement sélectif ». Par exemple, un boîtier pourrait couper l’électricité sur certains de vos appareils pendant 15 à 30 minutes, le temps de passer un pic de consommation difficile, et ce de façon quasi indolore (*).

Car pour maintenir la fourniture lors des pics de demande, EDF doit avoir recours à des centrales de secours très coûteuses et polluantes. Et quand il n’y en a plus de disponibles, il faut alors importer de l’électricité voire organiser des délestages tournants. Or, même si ce ne sont pas les particuliers qui consomment le plus d’énergie électrique, ce sont eux qui peuvent faire la différence lors de ces pics. Chacun devra apprendre à adapter sa consommation. Si ce n’est pas du fait du prix, il faudra se rationner un peu, quitte à couper le chauffage électrique pendant quelques minutes et à mettre un pull !

Propos recueillis par Jean-François Haït pour Kwantik !

(*) Edelia d’EDF ou Voltalis proposent déjà des dispositifs de maîtrise de la consommation d’électricité


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