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Quand les sciences humaines et sociales se penchent sur AZF Version imprimable de cet article envoyer l'article par mail title=
16 janvier 2009 14h18

21 septembre 2001 : l’usine AZF explose. Bilan : 30 morts, des milliers de blessés et une ville durablement touchée. Le procès débutera le 23 février. Au delà des causes techniques de l’explosion, Gilbert de Terssac et Irène Gaillard, chercheurs au Certop (Centre d’étude et de recherche travail organisation pouvoir, Maison des sciences humaines et sociales, Université du Mirail - CNRS), ont réuni dans un ouvrage (*) le travail de 16 chercheurs en sciences humaines et sociales qui apportent un éclairage original sur la catastrophe.

Pourquoi ce livre ?

GdT : Nous avons épluché près de 10000 pages de rapports d’expertise produits après la catastrophe. Nous avons trouvé au maximum 50 pages consacrées à des entretiens avec des chercheurs en sciences humaines et sociales (SHS). Nous nous sommes donc demandé si les SHS avaient quelque chose à dire sur cette catastrophe. Il fallait essayer de la penser, dans toutes les disciplines, afin de sortir de la crise. Le résultat, c’est que les SHS ont aidé à la compréhension d’AZF, mais que AZF a aussi a beaucoup apporté aux SHS.

IG AZF n’est pas seulement une catastrophe technologique, elle est aussi une catastrophe sociale. Elle touche l’ensemble de notre société.

Quelles disciplines sont concernées ?

GdT Aussi bien les psychologues que les juristes, les économistes, les géographes… On s’est ainsi interrogés sur le cas des personnes encore en souffrance, sur le stress post-traumatique chez les salariés. Avec les psychiatres et psychanalystes, on a essayé de définir ce qu’est une victime. Mais une géographe a aussi travaillé sur la stigmatisation par la presse de certains lieux particulièrement touchés comme la rue Bernadette.

Qu’avez-vous découvert ?

GdT Des choses étonnantes, comme le fait que les personnes déjà confrontées à des difficultés sociales (chômage, échec scolaire), ont mieux encaissé ce coup dur que celles qui n’étaient pas en difficulté. Ou encore que les gestionnaires des entreprises comme AZF, d’une manière générale, ne savent pas gérer de telles crises.

IG Dans cette catastrophe, tous les schémas ont été remis en cause. Ainsi, les spécialistes en économie du droit nous expliquent que c’est la première fois, par exemple, que le paiement des dommages a été effectué immédiatement et dissocié de l’établissement des responsabilités.

Ce livre risque-t-il d’influencer le cours du procès, qui débutera le 23 février prochain ?

G de T. Non, car il n’y a pas de révélation, même si certains arguments peuvent être utilisés par des avocats. Car la logique du procès est d’attribuer des responsabilités. La nôtre est de comprendre les limites du système industriel, politique, économique… qui ont conduit à cette catastrophe, et d’étudier comment les acteurs mettent en œuvre des « rattrapages » comme par exemple la fermeture de l’usine et la dépollution des sols. C’est une forme d’entente sociale, sauf bien sûr pour les salariés d’AZF.

Que ferez-vous pendant et après le procès ?

IG. Nous prendrons le procès comme un objet de recherche, en observant comment la question des risques industriels est traitée. Après le procès, la question des catastrophes industrielles se posera encore. Nous avons appris d’AZF que le risque traverse différents champs de la société. Il est donc possible d’agir de différentes façons, par la réglementation, la diffusion de l’information technologique, l’émergence et l’implication de partenaires comme les Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) dans les entreprises… Quand tout a explosé, il faut innover pour faire face.

Propos recueillis par Jean-François Haït

(*) « La catastrophe d’AZF : l’apport des sciences humaines et sociales ». Sous la direction de Gilbert de Terssac et Irène Gaillard. Editions Lavoisier. 276 p., 50 €


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