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Pesticides : diminuer les quantités, c’est possible ! Version imprimable de cet article envoyer l'article par mail title=
22 février 2010 12h15

Dans son récent rapport Ecophyto R&D, auquel des chercheurs toulousains ont participé, l’Inra montre qu’une baisse de 30 % de l’usage des pesticides à l’horizon 2018 est possible sans bouleversement majeur. L’ambitieux objectif de 50 % proposé lors du Grenelle de l’environnement apparaît quant à lui nettement moins accessible…
Epandage d’herbicide aux Etats-Unis, premier consommateur mondial. Suivent le Japon et… la France, sur la première marche du podium européen. Crédit photo : DR

Le constat semble partagé par tous : il est grand temps de réduire significativement le recours aux pesticides. Car si ces substances chimiques ont permis d’accroître considérablement les rendements agricoles, leurs effets sur la santé humaine et sur l’environnement sont de plus en plus montrés du doigt.

En 2008, après moultes discussions, le Grenelle de l’environnement a ainsi fini par élaborer le plan Ecophyto 2018. Son objectif : réduire de 50 % l’usage des pesticides dans un délai de 10 ans « si possible »(1).

L’objectif est-il réellement tenable ? Quels types d’adaptations nécessite-t-il ? C’est à ces questions et à bien d’autres que l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) s’est efforcé de répondre dans son rapport Ecophyto R&D, remis fin janvier 2009 aux ministères en charge de l’agriculture et de l’environnement.

Privilégier au maximum les plantes résistantes

Conduite par 80 experts, cette vaste étude conclut qu’une baisse d’environ 30 % de l’utilisation des pesticides par rapport à 2006 « serait atteignable avec des changements significatifs de pratiques, mais sans bouleversement majeur des systèmes de production. »

Ces évolutions s’accompagneraient d’effets plus ou moins marqués sur les niveaux de production et les marges selon les secteurs. Si l’on prend l’exemple des grandes cultures (blé, maïs, etc.), qui représentent la majorité des surfaces et de l’utilisation des pesticides, les marges bénéficiaires seraient, selon l’étude, peu ou pas touchées, avec une baisse de production d’environ 6 %.

Midi-Pyrénées, bonne élève

« Dans les scénarios envisagés pour atteindre cet objectif des 30 %, la première action à mener consiste à privilégier au maximum les plantes résistantes aux bioagresseurs et à combiner avec plus de cohérence les techniques agricoles disponibles », explique Philippe Debaeke, chercheur à l’Inra de Toulouse et mandaté en tant qu’expert Grandes cultures pour l’étude Ecophyto R&D.

Les agronomes élaborent ainsi des outils d’aide à la décision. En effet, choisir de façon plus raisonnée la date de semis, d’irrigation, la quantité d’azote, etc., sont autant d’éléments qui permettent de réduire les besoins en pesticides. Sans oublier le retour au désherbage mécanique plutôt que chimique. Cette technique est déjà largement utilisée en Midi-Pyrénées. « Dans notre région, de nombreux groupes d’agriculteurs ont initié des actions pour réduire l’usage des pesticides », constate Philippe Debaeke.

Des mentalités à changer

Mais toutes ces solutions ne suffiront pas pour atteindre l’ambitieux objectif des 50 % fixé par le plan Ecophyto 2018. Pour y parvenir, c’est une profonde évolution des systèmes de production qu’il faut amorcer, avec notamment l’introduction de nouveaux types de cultures pour allonger les rotations, voire le remplacement de certaines cultures par d’autres moins dépendantes des pesticides, comme les abricotiers et les noyers à la place des pommiers.

Des choix qui modifieraient la structure-même de la production française. Des incitations politiques et économiques seront aussi nécessaires, sans oublier le changement des mentalités des consommateurs. Car, comme le remarque Philippe Debaeke, « si nous accordions moins d’importance à l’aspect des fruits et légumes que nous achetons, une grande quantité de pesticides uniquement utilisés pour l’obtention du « zéro défaut » deviendraient d’un coup inutiles. »

Anne Lesterlin, pour KwantiK !

Pour en savoir plus : étude Ecophyto R&D (résumé et rapport complet)

(1) Le plan Ecophyto 2018 s’inscrit dans un cadre d’action communautaire : la directive européenne « utilisation durable des pesticides » de 2009 prévoit en effet la mise en œuvre des principes de la lutte intégrée (combinaison de toutes les méthodes non chimiques en priorité, utilisation des pesticides en dernier recours) à compter du 1er janvier 2014.


  • Jean Beigbeder
    23 février 2010

    Une remarque sur le desherbage mécanique largement pratiqué en bio… il est gros consommateur d’énergie (4 passages de herse étrille sont courants), ça c’est le gros problème de l’agriculture de demain. Je suis plus intéressé par les tracteurs électriques rechargés par panneaux solaires que par le remplacement de desherbants par des tonnes de gasoil…
  • François LAURENT
    2 mars 2010

    Bonjour,

    2 petites remarques :
    - La France est bien le 1er consommateur de pesticides en Europe mais seulement le 4 ou 5ème quand l’on rapporte cette consommation à la surface agricole utile. Ce qui modère la mise en accusation de nos agriculteurs en tant que surconsommateurs de pesticides. Ils ne sont pas les mauvais élèves de la classe, tel que le laisse souvent entendre cette place de 1er de la classe. Et encore nous ne regardons pas leurs productivités.

    - Les étudiants de l’ENSAT-INP organisaient, le 23 02 2010, un colloque de très bonne tenue (auquel participé d’ailleurs P. DEBEAKE) sur ce plan Ecophyto2018. Il aurait été intéressant de le souligné. Cordialement F LAURENT


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