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« La machine thermique de la Terre est en train de devenir une bombe à retardement » Version imprimable de cet article envoyer l'article par mail title=
22 février 2010 11h17

Frédérique Rémy, glaciologue au LEGOS à Toulouse, est notamment l’auteur d’une "histoire de la glaciologie" (Editions Vuibert/Adapt). Crédit photo : Patrick Dumas pour Kwantik !

L’ESA s’apprête à lancer Cryosat-2. Frédérique Rémy, glaciologue au LEGOS (1) de Toulouse, explique l’intérêt de ce nouveau satellite chargé de détecter l’épaisseur des glaces de mer.

La communauté scientifique dispose depuis plusieurs années de données et d’études pour déterminer l’ampleur du réchauffement climatique. Alors, Cryosat-2 n’est-il pas juste un satellite d’observation de plus ?

Je ne crois pas. Cryosat-2 a une vraie importance, car il va nous permettre de mesurer l’épaisseur des glaces de mer, comme la banquise au pôle Nord, avec une résolution inédite de 100 mètres et une vision beaucoup plus large que Icesat, le satellite de la Nasa, qui n’avait qu’une faible résolution spatiale et était tributaire des nuages. Avec son nouvel interféromètre radar, Cryosat-2 pourra voir à travers les nuages et déterminer l’épaisseur des glaces en mesurant la profondeur de leurs failles. Or, le volume des glaces, c’est leur état de santé.

Justement, comment vont les glaces ?

Depuis trente ans, nous savons que les glaces de mer ont beaucoup reculé. Ce sont 2,5 millions de km² qui ont été perdues, et nous pourrions connaître, d’ici quelques décennies, des étés sans glace de mer ! Or, elles jouent un rôle très important dans la régulation du climat. En effet, elles réfléchissent une partie importante de la lumière du Soleil, sans quoi le climat serait plus chaud de plusieurs degrés. La fonte des glaces de mer a aussi une influence sur la densité de l’eau, et donc sur la circulation des courants marins tout le long du globe.

Qu’en est-il des glaces continentales ?

Sur les continents, les glaciers reculent également, beaucoup plus à basse qu’à haute altitude, ce qui est une signature du réchauffement climatique. Non seulement la fonte des glaciers entraîne la hausse du niveau des mers, mais à court terme elle menace l’existence des populations qui vivent grâce à ces glaces. Il faut savoir que 30% des ressources en eau douce viennent de ces grands glaciers continentaux, comme les Alpes ou l’Himalaya.

Comment voyez-vous l’avenir ?

C’est difficile à dire, car le climat a des fluctuations importantes, et ce que nous recherchons, ce sont des tendances à long terme. Des climatosceptiques ont encore dit récemment que la Terre connaissait un refroidissement depuis un ou deux ans ! Et alors ? Ça peut être vrai ! C’est tout à fait possible sur quelques années, ça ne conteste en rien l’existence du réchauffement climatique à plus long terme ! Il est difficile d’établir un calendrier précis, mais ce qui est sûr, c’est que c’est toute la machine thermique de la Terre qui est en train de devenir une bombe à retardement.

Propos recueillis par Simon Casteran, pour Kwantik !

(1) Initialement fixé au 25/2, le lancement vient d’être reporté pour un problème technique sur le lanceur. La nouvelle date de lancement n’a pas été annoncée. Le lancement d’un premier satellite, Cryosat-1, avait échoué en octobre 2005.

(2) Laboratoire d’études en géophysique et d’océanographie spatiales (LEGOS-CNRS)


Cryosat-2 pisté par le Cnes à Toulouse

Le Cnes de Toulouse a participé au développement de Cryosat-2, notamment en fournissant l’instrument DORIS, qui permet de déterminer son altitude avec précision. Grâce au logiciel DIODE, le satellite peut calculer sa position sur l’orbite en temps réel. Mais, fait nouveau, Cryosat-2 contrôlera lui-même son altitude, quand autrefois il devait prendre ses ordres depuis le sol.

Les mesures de Cryosat-2 seront transmises au sol seront archivées pendant dix ans au centre de calcul du Cnes à Toulouse, afin de produire à la demande des « produits altimétriques », autrement dit des données précises sur le relief des glaces.

D’une durée de vie estimée à 3 ans, Cryosat-2 devra être « calibré » pendant six à huit mois après le lancement, avant de pouvoir commencer à recueillir et transmettre des données.


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