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« La biodiversité connaît une crise majeure » Version imprimable de cet article envoyer l'article par mail title=
25 janvier 2010 10h48

Christophe Thébaud, chercheur au laboratoire Evolution et diversité biologique à Toulouse, plaide pour un "GIEC de la biodiversité". Crédit photo : Patrick Dumas pour Kwantik !

L’année internationale de la biodiversité a été lancée le 12 janvier par les Nations Unies. Pour Christophe Thébaud, chercheur au laboratoire Evolution et diversité biologique, les engagements pris il y a près de 20 ans n’ont pas suffi à enrayer la disparition de nombreuses espèces.

2010 a été décrétée « Année de la biodiversité » par les Nations-Unies. Pourquoi ?

L’année 2010 était la date butoir que s’étaient fixé les Etats signataires de la Convention de Rio en 1992 pour ralentir le rythme de la destruction de la biodiversité. Cet engagement n’a pas été tenu. Certes, des efforts ont été faits, notamment pour sensibiliser le public. Mais les objectifs n’ont pas été atteints. Par exemple, le Royaume-Uni, qui a ratifié la convention, a reconnu cet échec. En France, il n’y a pas eu de position officielle mais à mon sens, la situation est identique. Partout dans le monde, des espèces continuent à disparaître à un rythme élevé. La biodiversité connaît aujourd’hui une crise majeure.

Quelle est l’ampleur de la menace ?

On estime par exemple , sur la base des travaux des scientifiques, que 12% des espèces d’oiseaux, 23% des mammifères, 32% des amphibiens, 52% des espèces sauvages de cycas (plantes arborescentes) et 25% des conifères sont menacés de disparition dans leurs habitats.

Où la biodiversité est-elle le plus menacée ?

Particulièrement dans les forêts tropicales, très riches en espèces, qui sont menacées par la pression démographique mais également par l’exploitation intensive du bois par les multinationales forestières. Et c’est aussi le cas pour les océans, dont on ne parle pas assez. Les chalutiers raclent les grandes profondeurs sur de très vastes surfaces et capturent de nombreuses espèces qui sont ensuite rejetées parce que sans intérêt économique.

Y a-t-il des exemples plus proches de nous ?

On peut citer les zones humides littorales d’Espagne, de Grèce, de Turquie, riches en biodiversité. Elles ont été quasiment toutes détruites et remplacées par des complexes hôteliers ou des champs de tomates. Concernant les espèces animales, beaucoup d’espèces d’oiseaux communs déclinent de façon importante. C’est le cas du moineau domestique, par exemple. On en voit beaucoup moins dans les villes. En Grande-Bretagne, il est même menacé et fait l’objet d’importants programmes de recherche. Sa disparition est sans doute liée à de multiples facteurs : modification de l’habitat, pollution, maladies…

Découvre-t-on par ailleurs de nouvelles espèces ?

Oui ! Dans les régions tropicales bien sûr, mais aussi en Europe où on a par exemple découvert récemment plusieurs espèces nouvelles de chauve-souris, grâce à l’analyse de leur génome. On estime à l’heure actuelle à 10 millions le nombre d’espèces décrites. Mais il y a en a sans doute beaucoup plus. Notre connaissance de la biodiversité est encore très incomplète.

Comment faire face à cette crise ?

Créer des parcs nationaux, des sanctuaires, est une bonne solution, mais pas la seule. Si on veut préserver la biodiversité, il faut surtout régler le problème de la pauvreté dans les pays en voie de développement. Il faut aussi, dans tous les pays, y compris les pays développés, sensibiliser les élites en instaurant des formations sur les enjeux liés à la biodiversité pour les futurs dirigeants politiques ou d’entreprises.

Pourquoi préserver la biodiversité ?

C’est une grande question ! La réponse peut être d’ordre économique, esthétique, éthique… La préserver relève en tout cas d’une décision collective. De gros efforts restent a faire dans la communauté des écologues scientifiques pour mieux informer l’ensemble de la société sur l’état de la biodiversité ainsi que les causes et les conséquences de son érosion. C’est pourquoi des scientifiques travaillent actuellement sur le projet d’un « GIEC » de la biodiversité, comme cela a été fait sur le climat. Ce serait un outil très utile !

Propos recueillis par Jean-François Haït, pour Kwantik !


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