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Jean-Jacques Favier : « La réforme de la Nasa ouvre de nouvelles opportunités pour l’Europe » Version imprimable de cet article envoyer l'article par mail title=
2 février 2010 18h11

Les Etats-Unis renoncent au retour vers la Lune jugé trop coûteux. Mais pour l’astronaute Jean-Jacques Favier, un des fondateurs de la start-up spatiale Blue Planet à Toulouse (1), l’exploration va continuer et l’Europe spatiale aura même davantage d’opportunités pour traiter avec la Nasa.
L’astronaute Jean-Jacques Favier en 1996 à la Nasa, alors qu’il préparait sa mission à bord de la navette spatiale Columbia. Crédit photo : Nasa/KSC

Le président américain Barack Obama a annoncé le 1er février l’arrêt du programme Constellation qui prévoyait l’envoi d’astronautes sur la Lune à l’horizon 2020. Pourquoi renoncer à un retour chargé de symboles ?

Parce que l’investissement dans le programme Constellation n’était pas suffisant pour le mener à bien. C’est ce qu’avait montré il y a quelques mois la « commission Augustine », chargée d’un audit de la Nasa. Par exemple, les lanceurs Arès 1 et Arès 5 conçus dans le cadre de ce programme devaient avant tout servir pour la Lune. Ils étaient surdimensionnés pour emmener des astronautes en orbite basse vers la Station spatiale internationale. L’essai du premier prototype d’Arès I avait réussi, mais le lanceur semblait délicat à faire voler. Tout cela allait coûter très cher…

La Lune, c’est donc terminé ?

Oui, en tant qu’objectif final. Peut-être pas s’il s’agit d’une étape vers le but ultime : Mars, probablement pas avant 2050. Mais d’autres destinations sont envisagées : les points de Lagrange, les astéroïdes, ou Phobos, un satellite de Mars. Désormais, les technologies qui seront développées seront indépendantes de la destination.

Qu’en est-il de la Station spatiale internationale ?

Elle devait cesser son activité en 2015, mais la Nasa indique qu’elle continuera probablement jusqu’en 2020, et c’est là une bonne nouvelle pour l’Europe, qui rentabilisera son investissement, puisque nous avons fourni le laboratoire spatial Columbus et le vaisseau cargo ATV.

La navette spatiale prend sa retraite fin 2010. Par quoi sera-t-elle remplacée ?

C’est là le principal problème des Américains à l’heure actuelle : ils seront totalement dépendants des vaisseaux Soyouz russes pour transporter leurs astronautes. Politiquement, ils ne peuvent l’accepter. Et la Nasa n’a pas de nouveau véhicule dans ses cartons. C’est pourquoi elle va pour la première fois faire appel au secteur privé. Par exemple, la société SpaceX va tester ce printemps son lanceur Falcon 9, et prépare un vaisseau cargo et une capsule habitée. La différence entre la Nasa et le secteur privé, c’est que celui-ci devrait mettre deux fois moins de temps pour monter ces projets.

Cette réforme de la Nasa est-elle une opportunité pour l’Europe spatiale et en particulier pour son industrie, très présente en région Midi-Pyrénées ?

Oui, car Obama a cette fois clairement encouragé les participations extérieures. L’industrie spatiale européenne pourrait jouer un rôle dans les nouveaux programmes américains en tant que sous-traitant. Nous avons par exemple en Europe des compétences dans les technologies de propulsion et de navigation dans l’espace… Par ailleurs, si la Station spatiale internationale reste en service 5 ans de plus, ce sera autant de travail pour les centres de contrôle, dont celui de l’ATV, qui se trouve à Toulouse !

Propos recueillis par Jean-François Haït pour Kwantik !

(1) Blue Planet se propose de fournir des images de la Terre renouvelées toutes les semaines grâce à une flotte de microsatellites. Le projet est actuellement hébergé par l’Incubateur Midi-Pyrénées.


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