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« Il faut parler des controverses des nanotechnologies à l’école » Version imprimable de cet article envoyer l'article par mail title=
8 mars 2010 16h04

Christophe Vieu est le coordinateur du projet "nano-école" qui vise à initier les collégiens et lycéens aux nanotechnologies à travers une approche pluridisciplinaire. Crédit photo : Patrick Dumas, pour Kwantik !

Alors que le débat national sur les nanotechnologies s’achève dans la confusion, Christophe Vieu, chercheur en nanotechnologies au LAAS (1) à Toulouse, lance un programme national pour parler des « nanos » dès l’école, sans faire l’impasse sur les questions sociétales.

Le débat public national sur les nanotechnologies, auquel vous avez participé à Toulouse, s’est achevé le 24 février dernier. Que peut-on retirer de ce débat ?

Le débat national a été constamment perturbé. Il n’a pour ainsi dire pas eu lieu et on ne peut donc rien en conclure. A Toulouse, il a tout de même pu se tenir et le résultat n’était pas si mauvais. Le problème, c’est que les gens n’ont pas été informés en masse de la tenue de ce débat, il n’y a pas eu de publicité. Ce n’était donc pas un débat populaire.

Il y avait les participants habituels, à savoir d’un côté une population qui a une opinion arrêtée « anti-nanos », dont une partie refuse tout débat et un autre partie l’accepte ; et de l’autre côté les industriels et les chercheurs. Mais peu de représentants de la « majorité silencieuse », qui doit pourtant pouvoir entendre les arguments des uns et des autres et juger sur pièces.

On a pu entendre que ce débat était inutile puisque les « jeux sont faits », « les nanotechnologies sont déjà présentes dans notre environnement »…

Les jeux sont faits en recherche, puisqu’il y a des financements importants, via l’initiative NanoInnov ou les campus d’excellence en nanotechnologies. Et ce financement évolue déjà : ce ne sont plus des programmes de recherche sur les nanotechnologies, mais des thématiques « biosanté » ou « environnement » dans lesquelles on trouve des composantes « nano ».

Il reste encore de la recherche fondamentale, bien sûr, mais on est en train de passer de l’exploration du domaine à ses applications. En revanche, le nombre de produits présents sur le marché qui incorporent ces nanotechnologies est encore peu important aujourd’hui.

Vous travaillez sur les applications biomédicales des nanotechnologies, qui pourraient apporter des bénéfices dans le domaine de la santé, notamment pour le diagnostic précoce de tumeurs. Or, c’est essentiellement la toxicité potentielle des nanoparticules qui revient dans les débats. Faut-il un moratoire sur les nanotechnologies, comme le demandent certaines associations ?

Un moratoire sur la recherche, non, car ce serait se refuser à trouver des réponses à ce problème de toxicité. La toxicité, c’est une question de dose. Mais les nanoparticules, du fait de leurs dimensions, ont des propriétés particulières. Qu’est-ce qui est toxique, alors ? Le nombre de ces objets, leur surface, leurs interactions ? On sort du champ commun de la toxicologie.

Il faut donc mettre en place des protocoles clairs pour identifier les risques posés par les nanoparticules, avec des études menées par une instance agréée. Pour résumer, oui à un « REACH nano » ! Mais auparavant, il faudra faire de la recherche. Si on ne met en avant que le principe de protection, la société ne peut pas avancer. En revanche, je peux, en tant que citoyen, demander un moratoire sur certains produits.

Vous êtes aujourd’hui le coordinateur d’un programme national « nano-école ». Pourquoi ce programme ?

A la base, il y a un problème de culture scientifique. L’information sur les nanotechnologies n’est pas assez présente, notamment dans les médias. C’est pour cela qu’il faut la proposer en amont, dans les écoles. Avec quelques collègues, nous avons démarré cette initiative en région Midi-Pyrénées sans budget, mais elle est maintenant soutenue pour un an dans le cadre du programme Nano-Innov.

Après Toulouse, Paris Grenoble et Lille vont également expérimenter les nanos à l’école. Ensuite, l’objectif est de former un corps d’enseignants motivés, qui deviendront formateurs à leur tour, de produire du matériel pédagogique, etc. L’objectif est de généraliser ce programme à l’échelle nationale.

Quelles initiatives sont prévues au plan régional ?

Pendant trois années consécutives, des terminales S du Lycée Saint-Sernin, à Toulouse, ont eu un enseignement en nanotechnologies. Cette année, ce sera une première S. Le programme entamé au collège de Grisolles continue, avec notamment un débat organisé dans les prochaines semaines, et sera mené dans un autre collège, encore à déterminer.

S’agit-il de « faire accepter », de « vendre » les nanotechnologies en s’y prenant très tôt ?

Non, dans ce programme mes collègues et moi-même ne sommes pas des sergents recruteurs des nanotechnologies. L’idée sera de présenter une science actuelle et controversée, tout d’abord au sein même de la sphère scientifique.

Or, dans l’enseignement des sciences, on présente souvent les connaissances comme gravées dans le marbre et rarement les controverses, qui sont pourtant au cœur du processus scientifique. Mais les nanotechnologies sont aussi controversées sur le plan sociétal. On parlera de ces deux aspects.


Propos recueillis par Jean-François Haït, pour Kwantik !

(1) Laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes, CNRS. Christophe Vieu est chercheur au sein du groupe Nanobiosystèmes. Il est également professeur de physique à l’INSA de Toulouse


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