Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche
Fukushima : des chercheurs toulousains modélisent les rejets radioactifs dans l’océan Version imprimable de cet article envoyer l'article par mail title=
5 avril 2011 19h04

Le modèle développé par les chercheurs toulousains de l’équipe Sirocco décrit la dispersion des éléments radioactifs dans l’océan. Crédit : Sirocco.

Les rejets sont transportés vers le nord par les vents et les courants. Les zones de pêche au nord de la centrale de Fukushima sont menacées. Tokyo est protégée pour le moment.

« Le lundi 14 mars, nous étions sollicités par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Le samedi 19 mars, notre modèle de circulation océanique pour le Japon était prêt. Il y avait urgence », raconte Florent Lyard. Ce chercheur du LEGOS et ses collègues, ainsi que d’autres chercheurs du Laboratoire d’aérologie (CNRS – Université de Toulouse), regroupés dans l’équipe Sirocco ("simulation réaliste de l’océan côtier") , ont mis en commun leur savoir-faire.

Résultat : un outil pour tenter de prévoir comment les matières radioactives échappées de Fukushima-Daiishi vont se répandre dans l’océan. La centrale nucléaire japonaise a été ravagée par le tsunami qui a suivi le séisme du 11 mars, et laisse depuis échapper de la radioactivité

Fuites radioactives en série

Conséquence des opérations de refroidissement par de l’eau de mer tentées en catastrophe sur les réacteurs nucléaires endommagés, de l’eau radioactive fuit et s’écoule directement de la centrale dans l’océan, notamment en provenance du réacteur numéro 2. La société Tepco, l’exploitant de la centrale, a dû en outre commencer à évacuer volontairement dans l’océan près de 11000 tonnes d’eau, qualifiée par l’exploitant de « faiblement radioactive », faute de capacités de stockage.

Il faut ajouter à cette contamination des particules radioactives qui se sont échappées dans l’atmosphère après les explosions des enceintes de confinement des réacteurs, et vont se déposer à plus ou moins grande distance au large.

Le modèle conçu par les chercheurs toulousains prend en compte des paramètres comme la température de l’eau, la salinité ou les vents, qui influent sur les courants marins et donc le transport de cette matière radioactive dans l’océan.

Des zones de pêche menacées, Tokyo protégée pour le moment

Au 5 avril, selon le modèle des chercheurs toulousains, la radioactivité dans l’océan devrait partir vers le nord. « Le problème, c’est qu’il y a dans cette direction un grand courant gyratoire, sorte de tourbillon géant qui va concentrer la radioactivité, puis la disperser sur la zone. C’est préoccupant pour les zones de pêche qui se trouvent dans cette région » souligne Florent Lyard. De fait, la bande littorale comprise entre la centrale et la grande île d’Hokkaïdo, au nord, est le siège d’une importante activité de pêche et d’aquaculture, vitale pour le Japon où le poisson est consommé en grande quantité.

La région autour de Tokyo, en revanche, est temporairement protégée par des vents de sud-est et par le grand courant du Kuroshio, qui longe les côtes au sud de l’archipel et passe au large de Tokyo avant de partir plein Est. Il devrait, in fine, récupérer les éléments radioactifs et les éloigner de la capitale japonaise pour les emmener au large dans le Pacifique. Une évolution du régime des vents n’est cependant pas à exclure, qui pourrait modifier la donne.

Plusieurs inconnues :

- La première, et pas des moindres : les quantités de radioactivité exactes qui s’échappent de la centrale ne sont pas connues avec précision. L’AIEA ne dispose d’estimations à partir des données communiquées par l’exploitant de la centrale, et de mesures faites au large. Le modèle ne permet donc pas pour le moment de dire quelles quantités de radioactivité seront déposées à tel ou tel endroit.

- Deuxième inconnue : le comportement des éléments radioactifs dans l’eau est mal connu. Certains vont se dissoudre dans l’eau et seront transportés. D’autres, en revanche, peuvent se fixer à des particules solides présentent dans le milieu marin, qui vont ensuite se déposer sur le fond à plus ou moins grande distance des côtes.

« Si les éléments radioactifs sont transportés en quantité significative sur des grandes distances, il faudra alerter les populations côtières, même si celles-ci se trouvent bien en dehors de la zone d’exclusion de la centrale », souligne Florent Lyard. L’interdiction des plages, ainsi que de l’exploitation de fermes aquacoles et des algues est possible. Le gouvernement japonais vient d’ailleurs d’édicter les premières normes en matière de doses de radioactivité contenue dans les produits de la mer.

Jean-François Haït, pour KwantiK !

Liens :

Modélisation Sirocco des rejets en mer

En anglais.

Cliquer sur chaque animation pour la démarrer

Dans la partie « animations », on peut consulter :

« animation of surface currents » qui présente les courants marins, avec notamment le courant gyratoire (en haut) et le courant Kuroshivo (en bas)

Et successivement :

« tracer field 1 … dissolved element » : élément radioactif dissout rejeté dans la mer

« tracer field 1 … particulate element » : élément radioactif sous forme de particules rejetées dans la mer

« tracer field 2 … : atmospheric deposition … dissolved element » : radioactivité venue de l’atmosphère et qui se dissout dans la mer

« tracer field 2 … atmospheric deposition - particulate element » : radioactivité venue de l’atmosphère sous forme de particules, qui se dépose dans l’océan

Régime des vents au dessus du Japon

Le rapport de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) sur Fukushima, qui comprend notamment des hypothèses sur l’impact environnemental


Pas de commentaires

modération a priori

Ce forum est modéré a(spip_fr) priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.


Un message, un commentaire ?

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)


Qui êtes vous ?

publicité




Réalisation : Spip par Octavo