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Débat public sur les nanotechnologies : soirée mouvementée à Toulouse Version imprimable de cet article envoyer l'article par mail title=
22 décembre 2009 10h11

Jet d’ammoniac, évacuation de la salle, propos virulents ou au contraire lénifiants… Le débat public sur les nanotechnologies voulu par le gouvernement n’a pas laissé les Toulousains indifférents.
Le débat sur les nanotechnologies a suscité des échanges très animés. Photo : Jean-François Haït

La salle Marengo de la Médiathèque de Toulouse était bien remplie le 20 octobre dernier pour assister au débat public sur les nanotechnologies. Un débat dont le démarrage a été pour le moins mouvementé. Un homme puis deux jeunes femmes se sont en effet saisis d’emblée du micro pour dénoncer un « simulacre citoyenniste ».

Et puis, une odeur piquante est montée dans la salle : un individu non identifié a répandu de l’ammoniac pour faire fuir l’assistance et empêcher le débat de se tenir. Une illustration des positions extrêmes que peuvent susciter les nanotechnologies. Ainsi, certains groupes très radicaux, comme le collectif Pièces et main d’œuvre à Grenoble, ne veulent tout simplement pas entendre parler. A l’autre extrême, certains industriels, certainement pas désintéressés, nous promettent des lendemains qui chantent grâce aux multiples applications des « nanos »…

Des applications présentées en introduction du débat public voulu par le gouvernement à l’issue du Grenelle de l’environnement, et qui tourne dans 25 villes de France, dont Toulouse. Le débat s’est donc tenu après une copieuse aération de la salle, devant un public plus irrité par l’ammoniac que par l’incident.

Les nanos sont déjà là

Animateur de la soirée, Jean Bergougnoux, ancien patron d’EDF et ancien président de la SNCF, qui dirige la Commission nationale du débat public, l’a juré : « la commission est indépendante du pouvoir. » Et les opinions exprimées par le public seront prises en compte : « Le poids de la démocratie s’exercera sur les futures décisions » a souligné le ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo dans le film.

Il ne s’agit pourtant pas de décider de s’engager ou pas dans les nanos : les minuscules particules à l’échelle du « nanomètre » (milliardième de mètre) sont déjà là. Les « nanotubes de carbone » sont utilisés pour rigidifier des skis ou des raquettes de tennis, pour renforcer des pneus ; de minuscules particules d’argent aux propriétés antibactériennes sont déposées sur les vêtements. Les nanotechnologies servent aussi à concevoir des systèmes électroniques de plus en plus miniaturisés. Enfin on pense nano pour les médicaments du futur : les nanoparticules sont si petites qu’elles pourraient aller « cibler » une tumeur dans l’organisme

Un déficit d’information sur les risques

« Les propriétés des nanoparticules qui nous intéressent sont aussi celles qui posent problème » a expliqué Didier Rod, de la revue médicale Prescrire. Respirées ou ingérées, ces nanoparticules peuvent en effet pénétrer profondément dans l’organisme et se loger dans certains organes, avec des risques cancérigènes.

Christophe Vieu, chercheur en nanotechnologies au LAAS à Toulouse, a défendu la position des scientifiques : « Arrêter tout ? Impossible. Je suis persuadé qu’il y a des applications intéressantes notamment sur le plan médical. Mais je suis aussi un citoyen. C’est la société qui doit décider des usages »

Pierre Teillac des laboratoires Fabre a évoqué ces perspectives thérapeutiques prometteuses. Alors que pour Rose Frayssinet, des Amis de la Terre, « les applications en médecine servent de cheval de Troie aux nanotechnologies comme cela a déjà été le cas pour les OGM, alors qu’elles ne représentent que très peu de l’ensemble des nanos ». Avant de souligner que « sur le plan de l’impact sur la santé, on n’est plus dans l’incertitude, il y a des études qui montrent la toxicité des nanoparticules. »

La protection des travailleurs des entreprises qui utilisent les nanoparticules, en particulier ceux des PME, a ainsi été évoquée. Et où vont les déchets qui contiennent des nanoparticules ? Celles-ci se répandent-elles dans la nature, dans l’eau ? A ce sujet, on note le constat effarant fait par Pascal Guiraud, de l’Ordimip (Observatoire régional des déchets industriels en Midi-Pyrénées) : « les entreprises et les laboratoires ne sont absolument pas informées ».

Vrai débat ou simulacre de démocratie participative ?

Dans le public, les questions sont nombreuses et pertinentes : comment définir les nanos ? N’est-ce pas un terme fourre-tout qui recouvre des réalités très différentes ? Pourquoi n’a-t-on pas largement informé le public avant de faire ce débat ? Ne faudrait-il pas une agence européenne des nanos ? Et leur intégration dans REACH, le programme européen d’évaluation des substances chimiques ? Qu’en est-il des nanos et des libertés individuelles, avec leur application aux fameuses puces « RFID », indétectables et qui permettent de suivre partout un objet ou un individu ?

« Les nanos, il faut en être, nous dit-on. Mais pour quelle utilité sociale ? » résument les amis de la Terre, qui proposent un moratoire, tout comme France Nature Environnement. Seront-ils entendus ? Catherine Mir, du ministère de l’Environnement, explique qu’on est déjà en train d’élaborer des règlements, notamment prévus dans le cadre du projet de loi Grenelle 2, avec obligation aux fabricants de déclarer l’identité et la quantité des nanoparticules qu’ils utilisent. Et les investissements sont en route, comme l’initiative « Nano Innov » dont Toulouse sera un des pôles d’excellence avec Grenoble et Orsay.

Alors, vrai débat ou simulacre de démocratie participative, destiné à « rassurer » alors que les décisions déjà prises en haut lieu ? La question a été posée. Il reste maintenant à voir si à l’issue du débat public, en février 2010, le gouvernement jouera ou non le jeu en tenant compte des contributions des citoyens.

Jean-François Haït pour Kwantik !

On peut envoyer des questions et des contributions jusqu’au 24 février 2010 sur www.debatpublic-nano.org


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