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Biocarburants aéronautiques : le ciel s’assombrit Version imprimable de cet article envoyer l'article par mail title=
22 février 2011 16h34

La faisabilité technique des biocarburants a été démontrée par les experts de l’étude européenne SWAFEA. Mais le coût et la complexité de leur production à grande échelle ne permettront pas d’atteindre les objectifs environnementaux espérés.
Les projections d’émissions de CO2 (axe vertical, en millions de tonnes) selon les objectifs visés : le status quo (en violet), l’amélioration de l’efficacité des avions (en vert), la croissance zéro des émissions carbone à partir de 2020 (en rouge) et les 50% de réduction du taux de CO2 en 2050 (en bleu). Crédit : Onera

« Il sera impossible de réduire de 50 % les émissions de CO2 dans l’aviation d’ici 2050 avec les biocarburants, en l’état actuel de la technologie et de la biomasse disponible. » Dans leur conclusion présentée lors d’un colloque qui s’est tenu les 9 et 10 février à Toulouse, les auteurs de l’étude SWAFEA (Sustainable Way for Alternative Fuel and Energy in Aviation) sont unanimes.

C’est la Commission européenne qui, sur demande du Parlement européen, avait commandé en 2009 cette étude à 19 partenaires - Airbus, Onera, Institut Français du Pétrole… -, sur la faisabilité technique des biocarburants dans l’aéronautique et leur viabilité économique. L’objectif des 50% avait été fixé par l’Association internationale du transport aérien (IATA) fin 2010.

Car l’avion pollue. Il est responsable de 2,5 % des émissions totales de CO2 dues aux activités humaines. Un taux faible a priori mais qui est amené à augmenter fortement : avec une croissance continue du trafic de 4,5 % par an, la consommation annuelle mondiale du secteur, estimée à 200 millions de tonnes de carburant, pourrait atteindre d’ici vingt ans entre 300 et 350 millions de tonnes par an.

Les biocarburants sont donc considérés comme une voie permettant de plafonner les émissions de l’aviation. Mais aussi comme une solution face à la menace d’une pénurie de pétrole et à l’envolée du prix du baril.

Une mise au point délicate

Une première famille de carburants « alternatifs », composée d’un mélange 50/50 de carburants synthétiques provenant du charbon, du gaz ou de la biomasse a reçu l’approbation de l’organisme international de certification ASTM en 2009.

Une deuxième famille, à base d’huiles végétales (colza, jatropha) devait être certifiée fin 2010. Mais des problèmes de comportement à froid ont surgi lors des tests, repoussant l’approbation de quelques mois, estiment les experts de l’Onera qui n’ont pas préféré en dire plus.

Un biocarburant de troisième génération, produit par des micro-algues, a été identifié : à la clé, un bon rendement énergétique et ne mobilisant pas de terres agricoles. Mais il nécessite encore dix ans de recherche.

Concernant l’impact environnemental des biocarburants autre que le CO2, le bilan est contrasté. Les simulations de l’Onera et du Cerfacs sur l’atmosphère montrent que la réduction de la formation à basse altitude de « mauvais » ozone (irritant) attendue dans l’hémisphère nord serait négligeable, de l’ordre de 2 % environ d’ici 2026.

De meilleurs résultats sont espérés du côté de la formation des traînées de condensation qui participent, comme le CO2, à l’effet de serre. On passerait en effet, toujours d’ici 2026, de 12 mW/m² à 5 mW/m² de forçage radiatif (chaleur émise), ce grâce à une émission moindre de particules de suie par les avions alimentés en biocarburants.

Un énorme investissement

Surtout, l’immense défi auquel font face les biocarburants aéronautiques réside dans leur production à grande échelle. Les installations de production coûtant des milliards d’euros, le retour sur investissement ne se ferait pas avant une vingtaine d’années.

Pour respecter l’objectif de 50 % de réduction de CO2 en 2050, il faudrait pour la seule Europe créer d’ici là 80 usines de production de biocarburant issu de la biomasse et 290 usines de biocarburants à base d’huiles végétales, soit un investissement total respectif de 176 milliards d’euros et 841 milliards d’euros ! « Nous n’atteindrons pas cet objectif mais il faut lancer la production et l’expérimentation des biocarburants le plus vite possible, en imposant par exemple des quotas d’incorporation de biocarburant dans le kérosène, de l’ordre de 2 % en 2020 et 6 % en 2030 », propose Philippe Novelli, coordinateur de l’étude pour l’Onera. En laissant à la Commission européenne le soin de mettre en œuvre des politiques incitatives.

Agnès Baritou, pour KwantiK !


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