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« Agissons comme si la catastrophe était imminente » Version imprimable de cet article envoyer l'article par mail title=
7 juin 2010 11h05

Tempêtes dévastatrices, canicules, inondations, incendies de forêts… Les phénomènes climatiques extrêmes ne vont baisser ni en nombre ni en vigueur, souligne le rapport dirigé par l’académicien toulousain Henri Décamps. La solution : se tenir prêt en permanence.
La Faute-sur-Mer (Vendée), avant et après le passage de la tempête Xynthia, le 2 mars dernier, par le satellite Spot 4. Crédit : Cnes/SpotImage

« Une maîtrise absolue du risque d’événements climatiques extrêmes est illusoire ». Tel est en substance le propos du 29ème rapport sur la science et la technologie publié cette semaine par l’Académie des sciences sur le thème des catastrophes climatiques. La preuve ? La tempête Xynthia, qui en février dernier fit 53 morts sur le littoral atlantique. « On n’a absolument rien maîtrisé », déplore l’académicien Henri Décamps, « même si des efforts remarquables ont été faits pour alerter les gens, puis pour les secourir ».

Directeur de recherche au laboratoire d’écologie fonctionnelle Ecolab de Toulouse (CNRS/Université Paul Sabatier/INPT), il a dirigé le rapport « Evénements climatiques extrêmes : réduire les vulnérabilités des systèmes écologiques et sociaux » (1). Rédigé par plus d’une trentaine de scientifiques, écologues, climatologues, géographes, médecins ou économistes, l’ouvrage appelle citoyens et élus à abandonner l’idée qu’ils sont entièrement protégés du risque climatique.

Car contrairement à ce que l’on croit, « une digue ne protège que jusqu’à un certain point, une forêt tombe ou brûle facilement, et construire en zone inondable représente une prise de risque insensée », souligne Henri Décamps. Qu’on se le dise, « l’environnement est instable et continuera de l’être ! ».

« Catastrophisme éclairé »

Afin de bien marquer les esprits, les auteurs du rapport ont décidé de recourir au « catastrophisme éclairé », autrement dit à appeler élus et citoyens « à agir comme si la catastrophe était imminente ». Ce qui suppose avant tout de réduire l’exposition au risque, par exemple en débroussaillant pour réduire les risques d’incendie l’été, à ne pas construire en zone inondable et à préserver la biodiversité.

Car la variété des paysages et des sols permet d’atténuer la violence des phénomènes climatiques extrêmes, « comme en Inde, où lors d’une tempête, les villages situés dans la mangrove ont été moins touchés que ceux qui se trouvaient en bord de mer », raconte Henri Décamps.

Mais cela n’empêchera évidemment pas la catastrophe de frapper. Aussi le rapport préconise de renforcer la coordination entre les services administratifs concernés par les plans d’urgence (« grand froid, « tempête », « canicule »), et ensuite « d’augmenter la capacité de l’économie à reconstruire ». Mais tout cela ne sera possible que si « un effort important et durable d’éducation du public » est mené, instillant dans la population une véritable « transformation des comportements, puisque toute action de masse n’est efficace que si elle se construit à partir de la responsabilité de chacun », rappelle l’écologue du CNRS.

« La prochaine catastrophe nous prendra par surprise »

« Bien sûr, nous nous attendons à être attaqués pour cette forme de pessimisme en action », concède Henri Décamps, notamment de la part des climatosceptiques. « Mais les sociétés humaines comme les écosystèmes ne peuvent résister aux événements que jusqu’à un certain point, poursuit le chercheur. Ce qui fait la différence entre la survie et la disparition, c’est la capacité à prendre des décisions claires, rapides et tranchées ».

Mais cette méfiance n’est-elle quand même pas excessive ? Dans son commentaire du rapport, le philosophe des sciences Jean-Pierre Dupuy défend l’idée du « catastrophisme éclairé » qu’il a forgée, en faisant un parallèle entre les imprévus cataclysmiques et la crise financière de 2007. Si l’engrenage ayant conduit à la panique boursière est aujourd’hui assez bien connu, toute la science financière du monde a été incapable de la prévoir ! Ce qui fait dire à Jean-Pierre Dupuy que « les catastrophes écologiques à venir nous prendront par surprise ». Et ça, c’est une certitude qui n’a rien d’illusoire.

Simon Castéran, pour Kwantik !

« Evénements climatiques extrêmes : réduire les vulnérabilités des systèmes écologiques et sociaux »,sous la direction d’Henri Décamps, éditions EDP Sciences, 28 euros


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